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La xénophobie n’est pas un féminisme. Non à l’initiative anti-burqa

L’initiative antiburqa est un leurre. Jetée aux Suisses par les agitateurs populistes conservateurs, elle rejoint le projet néolibéral d’accroissement des inégalités. Cette initiative est une mouche qui nous prend pour des truites, un lapin artificiel qui nous prend pour des lévriers. L’accepter, c’est soutenir directement l’islamophobie en pensant résoudre un problème qui n’existe pas.

Les forces attachées à l’égalité entre humains devraient renoncer sereinement à gober cette farce ! Engageons-nous pour la diversité, contre la discrimination, contre les violences faites aux femmes, ces idées qui traversent les programmes et les actions socialistes et qui ont pris une force sensationnelle depuis les manifestations du 14 juin 2019. Et refusons fermement, en cette année anniversaire du suffrage féminin, de soutenir une initiative xénophobe sous prétexte de défendre l’égalité.

Il faut en effet faire un effort de sélection cognitive remarquable pour voir dans cette initiative une intention humaniste. Lorsqu’une entreprise vend de l’eau en bouteilles aux peuples dont elle empoisonne les cours d’eau, nous ne la félicitons pas. Je rejette tout aussi décidément cette manœuvre : ses auteurs prétendent interdire un comportement qui n’existe pas, tout en défendant le système patriarcal à longueur d’année. Le nombre de femmes portant une burqa – vêtement aussi proche du « voile » que la soutane l’est du crucifix en chaînette – en Suisse ne représente pas une « minorité », mais une anecdote.

Accepter l’initiative « Oui à l’interdiction de se dissimuler le visage » n’a aucun sens dans le cadre de la lutte contre les inégalités et la violence masculine. Personne ne porte de burqa en Suisse. Par abstraction, en admettant que cela arrive, l’interdiction envisagée deviendrait une assignation à résidence des personnes concernées. Une injonction en remplacerait une autre. Et renforcerait le système patriarcal, permettant aux personnes en situation de pouvoir de varier les plaisirs dans la contrainte. Cela n’a pas une seconde l’allure d’une libération.

J’assume volontiers de voter contre une initiative qui prétend lutter contre les violences faites aux femmes lorsqu’elle est premièrement sans effet et deuxièmement vendue par un groupe qui défend leur oppression.

Considérons donc qu’il n’y a aucun soutien possible de la part des forces engagées pour l’égalité à un projet de société xénophobe, égoïste et à une politique d’accroissement des inégalités entre les possédants et les exploité∙e∙s. Que parmi l’ensemble des funestes idées de la doctrine néolibérale, servie par les porte-flingues UDC – dont le cahier des tâches est de faire voter les pauvres pour leur propre exploitation, en leur inventant des adversaires factices – s’en trouve une qui peut être interprétée, en se tordant le raisonnement, comme une libération des femmes n’y change rien.

S’il est audible que des militant∙e∙s envisagent de soutenir l’initiative contre la burqa en arguant qu’elle promeut l’interdiction d’une oppression visible et catastrophique des femmes contraintes de la porter, il me semble nécessaire de leur demander d’y réfléchir à deux fois. Leur vote n’améliorerait le sort de personne et serait compté comme une manifestation de soutien à la xénophobie sans scrupules des auteurs du texte ; il serait bien plus utile s’il disait résolument, féministement, égalitairement non ! Que les agités nous taxent de soutien aux terroristes en sortant l’appareil à sophismes, nous les affronterons.

La xénophobie n’est pas un féminisme. Non à l’initiative anti-burqa

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